Le projet ‘Avez-vous vu?’ a été initié autour de la nostalgie pour les expositions universelles, l’effervescence idéologique des années soixante et plus particulièrement les fétichismes et le sentimentalisme sans relache de la génération “baby-boomers” pour l’été d’Expo 67 à Montréal.  “Avez-vous vu?” a débuté par une réflexion sur l’héritage d’Expo 67, et donc par une vue du présent sur les fruits idéologiques d’il y a plus de quarante ans.

Cette exposition universelle a fait connaître Montréal au monde en développant son infrastructure, mettant la métropole à pied plus égal avec le reste du continent. Les lieux excentrés d’Expo 67 sur les îles Ste-Hélène et Notre Dame font en sorte que l’héritage matériel de l’évènement est parfois difficile à sentir au niveau de la ville, après les multiples aménagements de l’espace. On pourrait ici comparer Expo 67 à l’exposition universelle de Vancouver en 1986 avec son emplacement plus central et son impact urbain plus tangible.

Matériellement, l’héritage de Expo 67 est présent à travers le dôme géodésique de Buckminster-Fuller transformé en Biosphère, à travers la sculpture “L’homme” d’Alexander Calder, mais plusieurs sites, plates-formes, aménagements restent inutilisés comme des présentoirs alors que l’objet est vendu. Symboliquement, évidemment l’apport est immesurable, et l’exposition a eu deux fonctions connexes; servir de vitrine au monde et faciliter la construction identitaire tant au niveau municipal que régional et national.

Les expositions universelles avaient toutes plus ou moins ces fonctions, et alors que nous pourrions croire que les villes d’Amérique du Nord ont acquises un niveau d’autosuffisance ou elles n’ont plus les mêmes besoins, il est remarquable que l’idéalisme et les utopies créées à ce moment et justifiées par des évènements de grande envergure ne se retrouve plus dans la témérité des projets urbains d’aujourd’hui. En effet, comme l’indique le catalogue qui a accompagné l’exposition Images de villes idéales: Les expositions universelles en 1993 au Centre Canadien d’Architecture:

[Les grandes expositions] représentaient des exceptions temporelles, des moments privilégiés arrachées à la normalité, des vacances collectives justifiant la rhétorique onirique et visionnaire. Mais elles étaient aussi des paysages matériels, voire des décors de scène, et à ce titre elles devaient se conformer à certains usages et traditions. Leur influence reposait sur la synthèse réussie du pratique et de l’idéal, elles constituaient des réalités palpables, encore que peu plausibles aux yeux des sceptiques et des critiques. Bien des Américains ne les croient plus possibles, et c’est là une acceptation aussi navrante que réaliste.”

Le Projet “Avez-vous vu?” a donc été un investissement de l’espace urbain, choisissant des emplacements à travers Montréal qui se fondent souvent dans le paysage de la ville, mais vus à travers l’objectif de ce projet, avec un œil “nostalgique” pour les années soixante, ses utopies, ses visions. Certains des lieux choisis font écho à Expo 67, mais en miniature, une sorte d’hommage accidentel. L’art publique se propose comme proposition en plus petit format, et dispersé à travers la ville. Les parcs et les surfaces de jeux pour enfants se situent dans l’aire du divertissement. Je m’intéresse au passage de l’architecture ou de l’aménagement urbain au divertissement, à l’évolution des formes alors que tout autour d’elles change. Quand et à quel moment une idée peut-elle se transformer par son contexte, quand devient-elle banale? Quand s’infiltre-t-elle dans la culture de masse?

Ainsi “Avez-vous vu?” a impliqué un jeu de mémoire, une réponse en forme de question à la devise  “Je me souviens”. Des affiches avec des photos d’Expo 67 ont été posées dans des lieux qui l’évoquait, incitan un dialogue ludique. Ces affiches ont été posées dans trois quartiers différents de Montréal: au parc Dunlop d’Outremont, au parc Benny de NDG, et sur la pièce publique “Neuf couleurs au vent” de Daniel Buren près du parc Lafontaine.

Le projet “Avez-vous vu?” projettera l’idéalisme des années soixante sur des espaces de diverses manières, à travers des affiches éphémères, mais aussi en produisant du materiel promotionnel pour une exposition universelle imaginaire. La publicité comme moyen de communication étant en plein essor à la fin des années soixante, il reste à ce jour une incroyable variété de documents communiquant un enthousiasme mercantile et sans bémol pour Expo 67. Tous ces documents (surtout photographiques, et objets bi-dimensionels) seront ensuite réunis dans une aire d’exposition avec très peu d’exigences, alors que les interventions se feront indépendamment dans des lieux découverts peu à peu, et avant l’exposition qui est proposée à VIVA!. Jouant sur la personification d’un évènement, le public sera confronté à des question d’héritage et d’oubli à travers une autofiction évènementielle. À la question rhétorique des affiches répond la promotion d’un évènement fantôme, qui réalise peut-être brièvement les souhaits nostlagiques de ceux qui voudrait encore y être.